Les enquêtes de Camille

 

Pour ce tout premier article des « enquêtes de Camille », je vous propose un sujet épineux mais essentiel (ou presque…) : Nantes, bretonne or not bretonne ? Car oui, ici c’est LA question que beaucoup se posent. Et chacun campe sur ses positions… Alors, je vais tenter de donner une réponse, qui je l’espère sera objective mais aussi emplie de bonne humeur et d’humour. 

 

Après pas mal de sondages sur Instagram, j’ai tiré plusieurs lignes à suivre pour donner une réponse à cette question. Le premier argument était celui de la limite territoriale de la Bretagne. Le second, celui de la langue, car le breton c’est quand même un language à part entière. Et enfin, le troisième, sa culture, car le beurre salé c’est super important !

 

 

  • La Bretagne : l’histoire d’un territoire.

 

Prenons la DeLorean et faisons un long bon dans le temps. Nous voici propulsés au Vème siècle après J.C où l’on va commencer à voir se dessiner le tout premier territoire breton. Alors si la Bretagne porte le même nom que notre voisine Grande-Bretagne, vous vous doutez bien que ce n’est pas par l’opération du Saint-Esprit (Quoi que ?!…). Des tribus venues de la grande île débarquent sur les côtes françaises pour fuir l’invasion saxonne, viking et autres. Ces « brittons » vont choisir de s’installer sur une terre nommée Armorique (vaste territoire celte qui s’étant du nord de la France jusqu’à l’actuelle ville de Bordeaux). Ces deux peuples s’acceptent plutôt bien, ils ont à peu près le même language et sont tous les deux libres mais extrêmement menacés (alors quitte à s’entraider…). Une différence subsiste néanmoins, ces brittons sont Chrétiens et les Armoriquains de bons vieux païens (c’est la qu’intervient notre Saint-Esprit… bah oui, il est toujours quelque part).

Après cette invasion et christianisation plutôt bien accueillie dans un territoire assez peu peuplé, la Bretagne pousse son premier cri et prend le nom de l’immigré. D’abord nommée britannia minor, elle prend ensuite son nom définitif et se divise en trois états distincts : La Domnonée au nord, la Cornouaille au sud-ouest et le Bro-Erec au sud-est. Jusque là ni Nantes, ni Rennes ne font partie de ce joyeux peuple.

Alors la vous me dîtes « ah bah voilà du coup Nantes c’est pas breton » ! Mais les Rennais seraient bien embarrassés… Et puis, à cette époque là rien n’est encore très certifié, il n’y a pas encore de vrai royaume de Bretagne. Celui-ci n’arrivera guère qu’à la fin du IXème siècle grâce à son tout premier Roi vu comme « le père de la patrie bretonne » : Nominoë (cette fois validé et certifié par le Pape… Ah sacré Saint-Esprit !). Et ce roi qui gagne son indépendance face aux Francs n’a pas dit son dernier mot en ce qui concerne son territoire ! Très rapidement (environ 5 ans après son indépendance) il va donc s’octroyer un territoire allant bien plus à l’est et au nord (cf. la photo). Au Xème siècle né enfin le duché de Bretagne (sans sa partie normande de nouveau perdue) avec Alain Ier issu de la maison de Nantes (et bah ouais…). Et puis après ça, beaucoup de guerres… Un coup les Francs, un coup les Anglais, tout le monde veut cette jolie Bretagne qui se bat pour garder son territoire. Chacun des dirigeants (tantôt de la maison de Nantes, de Rennes, de Cornouaille, de Thouars et finalement Capétienne) essayant de rester neutre dans ce conflit franco-anglais jusqu’à la fin du XIVème siècle, où ils gagneront à nouveau cette réelle indépendance. Un État avec sa monnaie, ses règles (notamment en terme d’impôts) et ses institutions. Ne serait-ce pas ici que commence vraiment l’esprit d’indépendance que revendique les bretons actuels ?

Alors elle ressemblait à quoi cette Bretagne fière et indépendante ? Et bien à ça :

 

 

Et oui… Pays Nantais ou Bro-Naoned faisait donc partie intégrante de ce joli territoire qu’est la Bretagne et ce pendant (et depuis) de très nombreuses années, que dis-je siècles… Le pire (ou le mieux ?) dans tout ça c’est que la plupart des grandes institutions bretonnes se répartissent entre Nantes et Rennes à cette époque là (le parlement, le château des ducs de Bretagne, la chancellerie, le conseil ducal…). Malgré de nombreux mariages et autre rattachements au Royaume de France, la Bretagne gardera une indépendance administrative jusqu’à la révolution française qui divisera ce territoire en 5 départements : Les Côtes-du-Nord (Côte-d’Armor depuis 1990), Le Finistère, L’Ille-et-Vilaine, Le Morbihan et La Loire-Inférieure. Et puis patatra… En 1973, débarque la régionalisation de la France (je ne vous impose pas l’histoire du Maréchal Pétain qui avait déjà plus ou moins divisé Nantes de la Bretagne sous l’occupation) et là, malgré l’envie et l’insistance des différents départements bretons, la Loire-Inférieure (Nantes) se voit définitivement virée (c’est le mot…) de sa jolie Bretagne. Depuis, la tâche de rattachement se trouve bien compliquée de par la puissance administrative de Nantes qui affaiblirait celle de Rennes et des autres métropoles bretonnes… Du coup, pas de réunification ! Mais ne vous inquiétez pas les Nantais continuent, tous les ans, de manifester comme de bons vieux bretons fiers et indépendants pour la réunification ! 

 

  • Plus qu’un territoire, une langue.

 

C’est bien connu ce qui rassemble un peuple, outre son territoire, c’est aussi sa langue. Alors le breton ça vient d’où et qui le parle ? Comme vous vous en doutez, avec l’invasion de nos chers brittons leur langue celtique s’est mélangée à celle déjà pratiquée sur place en Armorique (Car notre peuple qu’on aime appeler Gaulois n’était rien d’autre que des Celtes). Deux peuples mais une filiation linguistique commune et contrairement au reste de la France et de l’Europe qui va peu à peu voir son dialecte Gaulois (Celte…) disparaître, la Bretagne, elle, va garder ce language (ce qui en fait donc une langue plus ancienne que notre propre français). Le breton serait issu de 4 dialectes différents, plus ou moins venus des 3 + 1 structures épiscopales de l’époque : Le Tregor, Le Leon, La Cornouaille très proche et un peu different le Vannetais… Et voilà comment on vire Saint-Brieuc du paysage dis donc !

On parlera alors de Basse-Bretagne pour ces 4 territoires qui parlent breton et de Haute-Bretagne pour les 5 autres qui parlent Gallo. Néanmoins ces deux langues étant très proches, ils devaient bien se comprendre… Et puis avec le temps, et les nombreuses invasions Franques, le roman (ancêtre du français) commence à s’imposer chez les élites (à partir du XIIIème siècle où l’administration bretonne passe du latin au français sans passer par la case breton) tandis que le peuple continue à parler son patois. Les grandes villes finissent donc peu à peu par délaisser cette langue, et de l’Est vers l’Ouest le parlé breton se fait de plus en plus rare. Sur ce point, on peut donc dire qu’à Nantes le breton n’a jamais été totalement une langue principale puisque c’était du Gallo, même si longtemps proche de sa soeur celtique prononcé à l’Ouest du pays, et ce fût pareil dans presque la moitié de la Bretagne actuelle

 

 

  • Un peuple et sa culture :

 

Puisque le français ou son ancêtre le roman s’est imposé assez rapidement partout, surtout dans les enseignements et les administrations (la Bretagne a d’ailleurs été le premier duché à adopter le français) que nous reste t’il ? Un drapeau, des crêpes et du beurre demi-sel ! Enfin pas que… Mais c’est quand même les trois éléments qui sont revenus quand j’ai demandé qu’elle était pour vous la culture bretonne.


Ce drapeau, le Gwenn-ha-Du ( signifiant blanc et noir), vous le connaissez forcément, les bretons l’emmènent dans tous les rassemblement qui soit… Mais il raconte quoi ? Tout d’abord l’hermine, petit emblème hérité d’un prince Franc, Pierre de Dreux, marié en 1214 à Alix de Thouars alors duchesse de Bretagne. Quand à ses bandes, elles représentent les différentes provinces bretonnes. Vous vous souvenez de notre Basse et Haute-Bretagne ? Et bien c’est tout simple, les bandes noires représentent les 5 provinces de la Haute-Bretagne (Saint-Brieuc, Saint-Malo, Dol, Rennes, et Nantes) et les 4 bandes blanches représentent les provinces de la Basse-Bretagne (Tregor, Leon, Cornouaille, Vannes). Et là, c’est le drame… Ca voudrait donc dire que chaque breton brandissant ce drapeau reconnaît alors l’appartenance de Nantes à la Bretagne ?!? Et oui… 

Et le beurre demi-sel alors ? Pourquoi c’est la marque du territoire breton ? Tout simplement car à l’époque du duché de Bretagne et de son administration indépendante, son peuple était exempt de l’impôt sur le Sel (gabelle) qui apparait au XIVème siècle. Et alors que le reste de la France ne peut donc plus se permettre de mettre du sel dans son beurre, la Bretagne elle continue de le faire. Et voilà comment elle devient la seule région de France à manger du beurre demi-sel ! 


Et que dire de la crêpe, enfin que dis-je, de la galette ? Son originalité c’est la farine de sarrasin, produit importé d’Asie qui nécessite une terre humide et acide ainsi qu’un climat tempéré va donc trouver en la Bretagne une terre d’accueil parfaite. Grâce à la duchesse Anne de Bretagne, convaincue de ses bienfaits, la production du sarrasin va se généraliser dans toute la région. Puis au fur et à mesure, le pain viendra bousculer cette bonne galette qui accompagnait les différents mets et on finira par la déguster comme plat à part entière, en faisant de la galette un plat salé et de la crêpe, un plat sucré.

Et alors là, vous comprenez bien, Nantes n’a rien à envier au reste de la Bretagne puisque tous ces apports culturels se sont imposés durant la longue vie de cette métropole dans le Duché de Bretagne (du IXème au XXème siècle tout de même). Moi-même, je crois que je suis devenue un peu bretonne depuis que j’y vis en ayant adopté le beurre demi-sel et la galette. Bon j’ai quand même pas encore le drapeau…!

 

Si vous me demandez mon avis, je vous dirai que Nantes n’est pas moins bretonne que son amie Rennaise mais sûrement un peu moins que son lointain voisin Brestois. Ainsi, je vous laisse donc libre choix de savoir si Nantes est bretonne ou pas ! J’espère vous avoir appris quelques petites choses et j’ai hâte de savoir ce que vous en avez pensé…

 

Camille G

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