Le lexique du Peter Pan

 

Vous connaissez tous le syndrome de Peter Pan n’est-ce pas ? Cet adulte qui ne veut pas grandir… Mais pour rester jeune, il ne s’agit pas que de le paraître, mère botox ne peut pas tout arranger ou changer, et notamment votre language. Alors pour rester à la page, je vous propose aussi de savoir parler « le jeune » ! Voici un petit florilège des expressions qu’utilisent nos ados, ainsi que  leur provenance et signification.

 

  • Les abréviations :

 

JPP : Désolée de vous décevoir mais rien à voir avec le footballeur Jean-Pierre Papin… Juste la contraction de « J’en peux plus ». A utiliser avec ironie ou non, si quelqu’un vous fait beaucoup rire ou vous « saoule grave » ( ex: « JPP de toi »).

Y’a R : Ou l’abréviation la plus à la mode du moment, comprenez « Il y a rien ». Exemple : « Qu’est ce qu’il se passe ? », réponse « Y’a R ».

TFK : Ou l’abréviation de « Tu fais quoi ? » version SMS, qui se prononce aussi à l’oral « té-ef-ka », c’est moche mais que voulez-vous… On en aurait presque une pensée pour DSK mais avec un « sseuveu » sur la langue…

OKLM : Abréviation de « Au calme ». A la question « Comment ça va ? » répondez « OKLM » : ça va, tranquille.

Bae : En provenance direct des Etat-Unis et abréviation de « before anyone else », comprenez donc que c’est une personne qui passe avant les autres. A utiliser donc pour son/sa petit(e) ami(e) ou pour de très proches ami(e)s.

BDR : Rien avoir avec l’abréviation d’un certain bureau des réclamations, mais plutôt celle de, au « bout du rouleau »… Quand plus rien ne va, dites donc « J’suis au BDR ».

 

  • Les mots balladeurs :

 

Avoir le seum : En provenance du Maghreb, le « Sèmm » qui signifie à la base « poison », s’utilise ici comme pour « Avoir les nerfs, les boules, les glandes… » (les crottes de nez qui pendent… merci au revoir !).

La hess : De l’arabe « Hessd » qui veut dire « volonté de nuire ». Ici, on l’utilise plutôt en disant « c’est la hess », en gros, c’est la misère, la galère… Bref, à utiliser quand t’es dans le caca pour rester polie !

Starfoullah : Comme son homologue « la hess », « astaghfiroullah » ou « starf’allah » de sa vraie écriture provient de l’arabe et veut dire « Que dieu me pardonne ». Alors, allez savoir pourquoi le pardon de Dieu est devenu une interjection qui remplace un bon vieux « putain », ou plus élégamment « saperlipopette ». De l’interjection au pardon, il n’y a qu’un pas !

La gova : Verlant de vago (ou vardo), est un terme tzigane qui veut dire wagon et par dérivation, aujourd’hui, voiture.

Gérer ses bayes/bails : Expression la plus fouillis qui veut, entre autre, dire « gérer ses conquêtes »» ou « un projet, un truc, une histoire », bref beaucoup de choses en somme… Ceci étant, pour aller plus loin le mot « baye » utilisé à toutes les sauces ou francisé en « bail » viendrait tout droit des cités parisiennes (Grigny) qui auraient depuis les années 90 réduit le terme « drive by » (fusillades dans lesquelles sont morts bon nombre de rappeurs américains) en « by » et qui se serait ensuite écrit sous sa forme actuelle. Il aurait enfin pris plein de directions différentes de « truc » à « conquête » en passant par « affaire », l’ado ne fait pas beaucoup de différence… On l’utilise également sous la forme « C’est quoi les bayes ? » pour dire « Quoi de neuf ? ».

Belek : Terme arabe qui veut dire « faire attention » et peut donc être utilisé comme tel « fais belek ». Ou, par analogisme à son homologue français « balec’ », sombre abréviation de « bats les couilles », peut donc se dire pour quelque chose dont on se fout royalement !

C’est gaté : Rien avoir avec le « câlin » venu de Provence, ici, c’est une expression venue d’Afrique pour dire c’est foutu, mort, pourri, nul, nase… et que sais-je encore !

Go ou Gow: Utilisé pour parler de sa petite amie ou d’une fille tout simplement… Gow semble se disputer deux origines, l’une d’elle serait venue de l’argot ivoirien où la « go » serait le diminutif de gonzesse ou girl. Quand à l’autre, un peu plus tortueuse serait une dérivation du mot « cow » (vache en anglais) que les rappeurs utilisaient à tout va pour remplacer le terme « bitch » . Le rap aurait donc permis d’édulcorer le terme à force d’utilisation et d’en faire ce qu’il est aujourd’hui.

Mercé : Rendu célèbre par le footballeur Benjamin Mendy, cela veut tout simplement dire « Merci ». Somme toute, juste une petite déformation devenue virale et peut-être pérenne qui sait…

Fraté : De racine latine «frater» puis diminutif du corse « fratellu », très utilisé sur l’île de beauté et dans le sud de la France, qui veut dire : frère. On peut largement penser qu’il a été rendu célèbre par la très intellectuelle émission : « Les marseillais à Pétaouchnok » (eh mercé…!).

Narvalo: Nom d’un fauve particulièrement dangereux dans les cirques, issu de la langue tzigane. D’où son utilisation actuelle pour parler de folie ou d’idiotie. Exemple : « Fais pas ton Narvalo » veut dire « Fais pas le fou ».

Les lovés : Terme romani « lov » prononcé « lové » (lovele en roumain) qui signifie pièce de monnaie. Aujourd’hui, il remplace tous les termes en rapport avec l’argent (sous, billets…). Attention, il ne s’emploie qu’au pluriel… Quitte à avoir un billet autant en avoir plusieurs !

Michto : Du romani « misto » qui veut dire bien, super. Puis, a dérivé bien négativement dans l’argot actuel pour parler de femmes intéressées par l’argent. Il remplace également tout terme utilisé pour parler d’une prostituée, restons courtois…

Friendzone : Anglicisme qui veut littéralement dire « zone d’amitié », rendu célèbre par la série Friends. A utiliser quand deux personnes se côtoient et qu’un des deux finit par dire à l’autre « Je préfère qu’on reste amis » ou « Je te vois comme un frère (ou une soeur) » et bien l’autre se retrouve en pleine friendzone. Vous pouvez même en faire un verbe : « Comment il/elle t’a friendzoné ».

 

  • Le soldat inconnu :

 

Être yomb : Ou être énervé, est l’un des mots les plus mystérieux de cette liste… A ce jour aucune explication sur la provenance de ce terme… Alors si vous la connaissez, je vous en prie, éclairez moi !

 

Après avoir lu le dernier livre de Lorant Deutsch sur la langue française (« Romanesque »), je me suis rendue compte que ce qui faisait la richesse de notre langue c’était son évolution perpétuelle. Et si on croit toujours que la génération d’après parle de plus en plus mal et qu’on voudrait lui offrir des « Bescherelle », on devrait plutôt se réjouir qu’elle continue à vivre et s’ouvrir à de nouvelles rencontres, plutôt que de sombrer dans l’immobilisme grammatical et lexical comme sa lointaine mère, le latin, langue morte et enterrée (oui j’aime l’exagération !). N’oubliez pas qu’au XVIIème siècle, Vaugelas, académicien français connu pour sa verve parfaite disait encore « Qu’à cause qu’on en avait besoin… » ! Ce lexique n’est donc qu’une petite liste exhaustive, qui n’attend que d’être enrichi et modifié par tous ceux qui souhaiterons apporter leur pierre à l’édifice !

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